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captation acoustique de cachalots

Ile Maurice 2017
rapport de mission de Michel REDOLFI

Après cinq jours de patience, au large de l'Ile Maurice un banc de cachalots s'approche enfin de l'embarcation scientifique de François Sarano en compagnie des cameramans René Heuzey et François de Domahidy....

Michel Redolfi les accompagne et plonge en apnée dans le grand bleu du pacifique équipé d'un hydrophone performant pour capter l'étrange chorégraphie sonore des cachalots.

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codas de cachalots © audionaute

Michel REDOLFI dirige le studio AUDIONAUTE à Villefranche-mer. Il a mené pour le centre de la Mer, NAUSICAA une recherche sur les signaux émis par les cachalots de l’Ile Maurice en mars 2017.

Le projet avait pour objectif de faire des prises de son en très haute définition acoustique à l’instar des images sous-marines de René HEUZEY  qui leur sont synchronisées.  Ces captations acoustiques ont été réalisées avec des hydrophones scientifiques* reliés à un enregistreur numérique porté en apnée par Michel REDOLFI. Ainsi, les prises ont pu enregistrer tous les détails émis par les cachalots approchés à quelques mètres avec une clarté et une précision inédites (les prises bio-acoustiques se font d’ordinaire depuis un navire).

Cette démarche de macroscopie sonore a peut-être permis de percer l’énigme des « clics » réguliers produits par les cachalots lors de certains de leurs déplacements. Ces  clics , métronomiquement espacés d’une seconde, sont produits par série de six à dix.  On les appelle des « codas ». On a exclu l’hypothèse d’une émission de type écholocation : Le tempo régulier et relativement lent de ces codas ne permet pas l’orientation. L’idée germait chez certains océanographes que ces séries de signaux brefs pouvaient recéler des informations encapsulées. Pour valider cette thèse, les prises de son réalisées à Maurice ont été analysées dans le studio d’Audionaute en utilisant des processus numériques permettant de zoomer dans chaque « clic » par ralentissement (jusqu’à 30 fois) mais sans affecter exagérément la hauteur (entre 3 et 6 octaves de transposition maximum dans le grave).

Ainsi a été révélé et rendu audible ce qui n’était jusqu’alors qu’une hypothèse : Un « clic » de cachalot est bien en fait une salve d’informations, compressées et émises en une fraction de seconde : Chaque claquement d’une durée de 1/20em de seconde contient de fait des dizaines d’autres claquements, qui eux mêmes en contiennent d’autres. On semble être dans un système à la fois gigogne et fractal offrant le compactage d’un maximum de données acoustiques englobées dans une émission unique et fulgurante (une explosion puissante pouvant atteindre 200dB).

Les sonogrammes issus des analyses révèlent  que la multiplicité de ces sous-émissions sont impeccablement ordonnées sous forme de séries, des sortes de sous-coda.

Nous venons peut-être de découvrir une émission sonore inédite chez un mammifère. En lieu de phrases (articulations de sons audibles variant en hauteur et en timbre), le cachalot émet un signal codé que l’on peut rapprocher du numérique, les clics projettent des paquets d’information contenant d’autres clics espacés de silences…comme des séries de 0 et de 1. L’arborescence de ces micro- explosions et silences pourrait faire sens pour les cachalots et être considéré comme une communication.

Quel en serait l’avantage par rapport à un langage phrasé du type baleine à bosse ?

Il peut s’agir d’un cryptage permettant un camouflage acoustique.Lors de chasse en groupe dans les abysses, ces émissions régulières entre cachalots n’éveilleront pas l’attention des proies (céphalopodes géants), mais permettront de communiquer discrètement des milliers de datas permettant de synchroniser et d’orienter la meute dans l’obscurité.

Sous la surface,  lors de déplacements en  groupe, ces salves régulières, ces 'codas', auraient une autre fonction : Elles semblent encapsuler des messages sociaux permettant la communication entre individus… mais également entre cachalots et humains. Beaucoup de plongeurs-observateurs, dont l’auteur de ce rapport et son guide René HEUZEY, ont vécu l’émerveillement de ressentir l’émission de ces signaux lors de face à face paisibles et complices. Enigme d’un langage littéralement extra-terrestre dans l’espace océanique indien.

 

Michel REDOLFI, mars-avril 2017

• Mission réalisée sous l’égide de NAUSICAA, Centre National de la Mer,
avec le programme MAUBY DICK, Maurice.

• Protocoles et équipement : Yves Le GALL / IFREMER-Brest

• Traitement de l’information, Christoph HARBONNIER /AUDIONAUTE

* Hydrophones modèles Bruel et Kjaer 8101 (fréquence de 0,1 Hz à 180 kHz)
et  High Tech Inc HTI 99HF

AUDIONAUTE 2017

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